dimanche 22 mars 2009
samedi 21 mars 2009
Derniers pas en Anatolie

A Van tout d’abord. C’est en crapahutant dans cette belle poudre blanche au sommet du Kalesi (le vieux fort dominant la ville) que nous découvrons la gigantesque et paisible étendue du lac de Van, entourée de montagnes enneigées.
Le lendemain, on se risquera, un peu frigorifiés, à traverser ses eaux (en bateau rassurez vous) pour aller découvrir quelques trésors d’architecture arménienne sur la petite île d’Akdamar.
Chaque visite est une vraie expédition, le trajet valant souvent tout autant, si ce n’est plus, que le but final visé. Si ce n’est pas à pieds, c’est généralement en Dolmus que ca se passe (ces mini-bus/ taxis collectifs aux amortisseurs aléatoires, où l’on s’entasse à 15 pour que le chauffeur accepte de partir). Il faut souvent en emprunter plusieurs pour arriver à destination.
Entre les véritables jeux de piste pour trouver la station adéquate, les attentes sur les places boueuses de petits villages perdus, ou autour du poêle dans les baraques à thé enfumées, on fait vite connaissance avec nos camarades de voyage… C’est comme ça que Fabrice se retrouve un jour à taper la discute avec 3 petits vieux « armés jusqu’aux dents » (brandissant des espèces de kalachnikovs comme s’ils portaient une canne à pêche), pendant qu’Isa, à l’arrière, se fait couvrir de bijoux, d’un style plutôt «local», par deux femmes voilées… et pas question de refuser… Des tranches de vie uniques!
Quelques kilomètres plus loin, c’est Dogubayazit, notre dernière étape à 35 km de la frontière iranienne, que nous atteignons après un passage de col épique (rafales de neige, congères, dérapages incontrôlés pour certains… notre chauffeur s’en sort plutôt bien).
Là, c’est le majestueux Mont Ararat - 5317 mètres (où se serait échouée l’Arche de Noé) que nous découvrons le lendemain dans un ciel bleu éclatant.
Nous rencontrerons le soir même une jeune bande d’alpinistes qui en redescendent tout juste, mines fatiguées et brûlées par le soleil, un tantinet déçus d’avoir du faire demi-tour avant le sommet après 4 jours de tentatives dans une météo capricieuse. «Un vrai K2!» dit l’un d’eux en riant… L’ambiance est plutôt sympathique et c’est avec eux que nous partagerons nos dernières bières avant d’entrer en Iran.
Dans ce décor magnifique, ballade à pieds obligatoire!… pour aller découvrir l’Ishak Pasa Kalesi (nettement plus à notre portée!), splendide palais, construit au XVIIème siècle à flanc de montagne, digne des contes des Mille et Une Nuits, avec son harem, ses cheminées, son hammam, ses sculptures seldjoukides, ottomanes, perses… Magique!
Au retour, assistons à notre premier meeting politique (il était temps après un mois dans un pays en campagne électorale nationale). Dans cette petite ville essentiellement Kurde, les festivités de Norouz (premier jour du printemps) sont rapidement récupérées par le DTP (parti politique officiel du mouvement Kurde), dont le porte parole harangue vigoureusement une foule joyeuse, enthousiaste et colorée, qui nous accueille très chaleureusement : on nous fait tout de suite rejoindre les premiers rangs, ceux réservés aux femmes; elles sont plutôt a l'honneur ici!
mardi 17 mars 2009
Entre l'Euphrate et le Tigre

D'ouest en est, il y a d'abord l'Euphrate... que nous découvrons par une magnifique journée ensoleillée avec une paisible promenade en bateau, en amont du grand barrage de Birecik.Eaux calmes, d'un magnifique bleu-vert, nature sauvage, méditerranéenne, et vieux villages dorés, à demi engloutis par les eaux (politique des grand barrages anatoliens), comme celui de Savasan, où l'on ne voit plus, de la mosquée, que le haut et fin minaret. Une étrange beauté endormie...
Pour nous, grand calme reposant après le tumulte de la ville.

Quelques 300 km plus loin, c'est le Tigre qui nous accueille dans l'impressionnant site du village d'Hasankeyf, perdu au milieu d'un relief de rochers et de pâturages, aux dimensions époustouflantes. Là, surpomblant les eaux limoneuses, les maisons du village, couleur miel, s'accrochent aux rochers d'une magnifique gorge. Les vestiges imposants du vieux pont témoignent de la grandeur passée de la cité, qui dort maintenant paisiblement sous le soleil et le vol des cigognes, dont le grand nid rond coiffe le minaret!... Mais peut-être plus pour longtemps, Hasankeyf étant également sérieusement menacée par le programme des grands barrages.
Entre ces deux mythiques géants, il y a... la Mésopotamie!... tout aussi mythique pour nous...
- Son immense plaine, calme océan de verdure, qui semble s'étendre à l'infini et se perdre dans les brumes, là-bas, tout au Sud, vers l'Irak et la Syrie.


- La vieille Mardin, magnifique cité dominant la plaine de ses somptueuses pierres toutes dorées elles aussi, étagées sur la colline... Mosquées, églises, medresses (écoles coraniques), hans (caravansérails)... que l'on visite émerveillés en tâtonnant dans le labyrinthe de ruelles, passages et escaliers.

- Les terres vallonnées qui mènent jusqu'au Tigre, avec leurs vergers en fleurs, leurs vignes au ras d'un sol bien caillouteux et la multitude de champs de pistachiers (il en faut de sacrées quantités pour les baklavas), parés de leurs éclatants parterres de fleurs violettes... Ça sent tellement le printemps!

- La grand Diyarbakir, quartier général du PKK (mouvement kurde), mais également une ville pleine d'un charme doux et accueillant, caché à l'abri de ses gigantesques murailles... avec son bazar tortueux et coloré, ses étales débordants, ses "tchaikhanes" où les hommes de tous âges, perchés sur leurs micro tabourets, semblent passer leur vie à refaire le monde en buvant du thé, ses touchantes églises arméniennes et chaldéennes, ou encore ses magnifiques caravansérails où l'on goûte de pantagruéliques petit-déjeuners dans la chaleur d'un beau rayon de soleil.

- Enfin, pour multiplier les découvertes, c'est également en Mésopotamie que nous faisons nos premiers pas sur la planète de la "web hospitality", une bien belle communauté, pas si virtuelle que ça, éprise de découvertes, de rencontres, de partage et d'accueil, par laquelle le voyageur de passage trouvera partout un hôte bienveillant, un toit et une couverture, ou simplement un compagnon sympathique pour boire un verre et partager un petit bout de sa vie, de sa ville et de son pays. Nous avons ainsi été généreusement accueillis par Goktug à Mardin et Mehmet à Diyarbakir. Une fabuleuse manière de voyager et de rencontrer...
vendredi 13 mars 2009
Délices à Gaziantep

Que c'est bon! D'autant plus qu'ici, il y a douceur et douceurs...
Une vraie douceur de vivre, dans cette ville du Sud où l'on vit un peu plus dehors, où les échoppes débordent sur les trottoirs pour mieux vous accueillir, où chaque quartier bourdonne paisiblement autour de l'imposante citadelle dorée, ...Mais il y a aussi, et surtout, les douceurs du palais !... On nous en parle depuis Istanbul. Gaziantep semble en effet être la référence nationale en la matière, et marque ainsi la fin définitive de toute ambition Weight Watcher pour le voyageur parti en sur-poids. Dégustés de préférence dans le restaurant le plus réputé de la ville (voire de la Turquie ou même du monde entier!), les kébabs sont à se damner... Quant aux baklavas, Isa, qui n'aimait pas ça, n'est plus très loin de l'addiction.

Au coeur de cette orgie de délices, nous parvenons tout de même à nous mouvoir un tant soit peu pour faire quelques visites:
- La citadelle et son musée de la guerre, où l'on découvre que les habitants d'ici auraient bien des raisons de ne p
as nous aimer (le préfixe "Gazi" = "Martyrs" a été accolé au nom de la ville en mémoire des souffrances vécues sous l'occupation française après la 1ère Guerre Mondiale!)- Le musée et ses magnifiques mosaïques de la cité antique de Zeugma (rapatriées à Gaziantep pour ne pas disparaître englouties sous les eaux des grands barrages qui fleurissent dans la région)
- Et enfin le vieux centre avec ses somptueuses et paisibles maisons traditionnelles sur cour ou sa vieille église délabrée.
Notre meilleur moment...
L'invitation impromptue de deux ados enjoués à venir découvrir leur école de Tourisme dans le vieux bâtiments jouxtant l'Église.Hésitants, on se laisse finalement embarquer... Et nous voilà propulsés en plein cours de cuisine dans un joyeux bazar!
Enthousiasme général avec toutes ces bonnes bouilles souriantes et spontanées qui se pressent autour de nous pour nous rencontrer, nous faire visiter le lieu, nous servir un thé ou une part de l'énorme gâteau de crêpes réalisé ce matin.
Le prof ne semble pas gêné le moins du monde, et c'est même bientôt le Directeur qui vient nous saluer chaleureusement.
Ils sont tous super attachants. On repartira à regret.

mardi 10 mars 2009
Bonne surprise
Ankara... "Surtout n'y allez pas!"Ankara... "Circulez, y'a rien à voir!"
Avec des pieds de plomb, on y est quand même allés, passage en ambassade obligé.
Et finalement, on y a trouvé:
- Kizilay
Quartier piétonnier du centre-ville où nous avons élu domicile, avec ses 1000 petits cafés où les étudiants passent des après-midi à jouer au Backgammon, au Jenga ou au Taboo, ses ruelles noires de monde à toute heure du jour, ses bars animés où l'on se presse pour venir écouter un petit concert live sans prétention, mais bien fédérateur, en fumant le narghilé...
A la fois animé et relax, on a beaucoup aimé.
- Seda
Etudiante "çok güzel" (i.e. vraiment chouette) croisée dans notre guesthouse à Istanbul, ravie de nous retrouver à Ankara pour nous faire
découvrir sa ville et sa vie: les soirées pub et kebabs à Kizilay, les après-midi cosy "à la maison" où l'on apprend à préparer (et à boire) le café turc, sans oublier d'y lire son avenir (avec une bonne dose d'humour chez Seda), les helvas bien sucrés à la cannelle dont nous gave généreusement sa maman, la découverte d'Ankabir, l'impressionnant mausolée d'Atatürk, incontournable pour comprendre en profondeur la culture turque.De très bons moments partagés, on a beaucoup aimé aussi.

- L'ambassade d'Iran!Et sa réactivité inattendue... pour nous délivrer un joli petit visa en seulement 24 heures.
Devant les grilles de cette forteresse, nos premiers arbres en fleurs... un signe prometteur des merveilles à venir... on devient poète...
vendredi 6 mars 2009
On a marché sur la lune
Quelques centaines de kilomètres plus au Sud... Ici la neige a déjà fondu, mais pas depuis longtemps. Quand nous arrivons, la Cappadoce se réveille à peine de son long hivernage... La petite ville de Göreme se dépoussière en hâte pour accueillir les quelques visiteurs qui se risquent ici à cette saison. 
Les pensions troglodytes, si rafraîchissantes en été, ont plutôt tendance à nous glacer jusqu'au os.
Nous optons rapidement pour une maison en dur avec de bons gros tapis Anatoliens en triple épaisseur. Un cocon bien appréciable avec les longues journées d'exploration que nous programmons chaque matin: c'est à pied que nous sillonnons Göreme et ses environs.Un vrai régal de passer la journée le nez au vent, à marcher d'un bon pas à la recherche d'un sentier le plus souvent in
certain, mais, quel qu'il soit, toujours plein de surprises... avec ses formations rocheuses uniques aux lignes courbes, ses cônes de tuff aux formes schtroumpfesques, son enchaînement de tunnels qui nous font passer comme par magie d'une vallée à une autre, les couleurs incroyables de la vallée Rose, ou encore les vigoureux pitons de la vallée de l'Amour...On a vraiment l'impression d'être sur la lune!
Dans ce décor extraordinaire, explorons nombre de vestiges de la vie troglodytes des siècles passés, cheminant dans les gigantesques gruyères que sont les citées souterraines organisées sur plus de 3 étages, découvrant d'insolites monastères, et surtout les fresques somptueuses (XIème et XIIème siècles) de la multitude d'églises, chapelles ou basiliques cachées un peu partout dans les rochers... Véritables trésors qui méritent largement le détour.

Après ce bol de bon air frais et de découvertes, rien de tel, en fin de journée, que les délicieuses oranges pressées, bien sucrées, que l'on sirote au dessus du petit canal; et, lorsque le soleil est couché, les divines épaisseurs de coussins du Göreme restaurant où l'on se vautre confortablement autour d'un gros poële pour jouer au Backgammon en attendant de déguster les spécialités de la maison. On rêve déjà de réaménager notre salon au retour...



